Ce périple en Mongolie a été pour nous un tournant dans notre manière de voyager. Pour Vincent et moi, envisager de partir en « voyage organisé » ne nous séduisait pas plus que ça, nous qui nous étions rendus auparavant en Inde, en Chine, en Indonésie, au Brésil, à Madagascar, au Mexique ou encore au Maroc par nos propres moyens…Mais là, maintenant que nous étions parents de deux enfants de 7 ans et 4 ans et demi, il nous paraissait plus difficile de nous débrouiller entièrement tous seuls pour une destination aussi particulière que la Mongolie !
Paradoxalement, malgré le degré de difficulté que pouvait représenter un tel pays pour y voyager avec des enfants, nous pressentions que la vie avec les nomades sous la yourte serait un enrichissement fantastique pour notre petite progéniture, et pour nous aussi évidemment. Nous avions en effet hésité avec une autre destination, l’Ouzbékistan, mais ce voyage était beaucoup plus axé sur les merveilles architecturales et par conséquent nous l’avons estimé moins accessible pour des enfants de cet âge. L’appel de la steppe a été le plus fort, ce corps à corps avec la nature : la marche, le cheval, les paysages grandioses et sublimes et bien sûr les rencontres avec des gens qui vivent totalement au rythme de cette nature qu’ils vénèrent !
Notre intuition était juste ! Nos enfants ont été entièrement conquis et ne rêvent que d’une chose : pouvoir y retourner dès que l’occasion se présentera. Quant à nos réticences à Vincent et à moi concernant « les voyages organisés », elles se sont évanouies là-bas sur place, devant la réalité de ce qu’est un « voyage organisé artisanal ». Et j’emploie « artisanal » dans le sens noble du terme, qui se rapporte à un artisan qui vous façonne ce que vous désirez en fonction de vos besoins et de vos envies.
Critère important à nos yeux : la petite taille du groupe ! Seul un couple de jeunes mariés s’est joint à notre famille, et quand on sait que l’organisation de ce voyage prévoit une interprète, une cuisinière, un chauffeur à qui se rajoutent pour la partie randonnée trois cavaliers guides de yacks, nous étions donc archi-chouchoutés. Nous avons pu avoir des relations vraiment très sympas avec chacun malgré la barrière de la langue, notamment les enfants qui ne s’arrêtent pas à ce genre de considérations, et Bilgunet notre très chère interprète a parfaitement tenu son rôle de facilitatrice ! Pendant ces trois semaines Naomi et Nil ont tissé avec l’équipe des liens forts dont ils parlent encore quotidiennement aujourd’hui, 6 mois après notre retour. De surcroît nous n’aurions pas pu rentrer aussi facilement en contact avec les nomades qui nous ont hébergés sans l’entremise de Bilgunet, d’où l’intérêt de voyager avec une interprète…
Par ailleurs une des conditions indispensables de la faisabilité de ce voyage avec les enfants dont nous étions convenus avec Jean-Marc de Randomona, était qu’en cas de fatigue pendant les randonnées, Naomi et Nil puissent monter à cheval avec les cavaliers guides de yacks. Et en fait les cavaliers se sont fait une joie de les satisfaire, bien plus qu’en cas de fatigue, en réalité dès que les enfants manifestaient leur désir de chevaucher !
Cela se passait si bien entre eux, même sans échange de paroles, que nous avions entièrement confiance. Il arrivait parfois que nous soyons séparés car nous n’empruntions pas forcément les mêmes chemins nous à pied et eux à cheval avec les yacks, et ce fut même le cas un jour pendant plusieurs heures. Quand nous nous sommes rejoints avec les enfants à l’étape, ils étaient parfaitement à l’aise et n’ont pas témoigné de la moindre inquiétude !
Les conditions matérielles se sont avérées très « roots » malgré l’encadrement humain, car pour la partie rando chez les nomades c’est sans eau courante, sans électricité et sans aucun confort. Mais voyager avec des enfants de cette manière est une expérience vraiment géniale, même si cela demande pas mal de confiance – en soi, en l’autre, en la vie ! – et lâcher-prise. D’autant plus qu’il faut aussi s’accommoder d’une autre manière d’appréhender le temps, comme souvent en Asie…
Les Mongols adorent les enfants car la vie là-bas est totalement communautaire et les enfants en bas-âge ne vivent pas séparés de leurs parents ; ils sont immergés dans la « vie réelle » dès leur naissance et contribuent dès qu’ils le peuvent au bon déroulement du quotidien. Les gens ont donc réservé à nos enfants un accueil simple, éminemment chaleureux, sincère…allant de soi. Et la rencontre de nos enfants avec les enfants mongols était très amusante, puisque sans médiation de la parole. Dans ces cas-là, que faire ? Eh bien jouer, pardi !! Se courir après en riant est visiblement universel !!
La condition sine qua non pour choisir cette destination avec des enfants est d’avoir confiance en leurs capacités d’adaptation ! A priori, la plupart des mômes sont partants pour expérimenter le camping ! Et concernant leurs peurs, ce sont quasiment toujours les nôtres…
Ce voyage en Mongolie a transformé chacun des membres de notre famille en profondeur en ce qu’il nous a permis de partager même brièvement la vie de gens qui sont encore incroyablement connectés à la nature, à sa puissance mais aussi à sa générosité. C’est également un moyen de s’interroger et pourquoi pas de renouer avec ses propres racines, en côtoyant des gens qui s’inspirent au quotidien de traditions millénaires. Mongolie aux horizons infinis…et surtout voyage au bout de soi-même !
Agnès, Vincent, Naomi et Nil
Mars 2010
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